14 mars 2006
Spoutnik part en rendez-vous ([voyeurisme] ©AK47)
CK be, paraboots "rousseau" noires, pantalon de costume noir, ceinture noire, chemise à rayures, cravatte bleue fonçée, veste de costume noir, écharpe, manteau mi-long gris anthracite, sacoche en cuir noire, iPod
12 mars 2006
Atteindre le divin
Il parait simple d'atteindre le divin. Mais il faut y croire. Le désirer. L'imaginer. Puis il faut le faire. Quand même. Avec détermination. Et avec modestie. Avec sérénité toujours. Intensité. Sans arrogance. Sans oublier.
Cette après-midi, je suis une nouvelle fois entré en religion.
Merci.
11 mars 2006
Il y a un an, dans les mêmes circonstances, j'écrivais ...
Le tournoi des VI Nations 2005.
Par chance, il existe des moments exceptionnels dans la vie. Des moments qui arrivent à ponctuer une année par leur seule existence. Parmis lesquels on peut aisément citer la naissance d’un enfant, les premiers pas de l’homme sur la Lune, une victoire remarquable à Civilization III, l’abolition de la peine de mort, la Flûte Enchantée sifflée par le public à l’Opéra de Paris ... Mais ces événements, même s’ils sont mémorables, ont le défaut majeur d’être uniques. Ils sont, font "pschiiit" et puis s'en vont. Voilà ce qu'il en est communément des grands moments. Et nous, nous les regardons passer, parfois perplexes, souvent désorientés.
Quoiqu'il en soit, chaque année, un événement exceptionnel a lieu. Différent des autres événements exceptionnel, il réussit le paradoxe de rester exceptionnel tout en étant récurrent. Quel est-il ? Tout simplement le match annuel opposant la France à l’Angleterre dans le Tournoi des 6 nations. Là, année après année, on touche l’histoire. Et si l’on est croyant, on est évidemment transcendé. Ce sera soit la défaite, soit la victoire. Et bien sûr on espère la victoire car seule la victoire est belle. Et, pour ne pas gâcher l’événement, il faut absolument rester concentré. Car, règle n°1, c’est quand on n’est pas concentré qu’on prend un essai. Même en étant devant sa télé.
Car il faut le savoir, regarder un France-Angleterre, c’est comme entrer en religion. Dans une vraie religion, révélée et définitivement sacrée. Une religion avec ses prêtres, ses icônes, son souffle divin, son Graal, sa terre promise, ses saints et ses apôtres. Une religion où l’on communie ensemble, où l’on souffre ensemble, où l’on rit ensemble et où parfois on pleure ensemble. Une religion dans laquelle le temple est ovale. Une religion dans laquelle la relique est ovale. Dont les rebonds et les attermoiements déterminent la façon dont le monde tourne et se présente aux yeux de tous. Et que les mécréants, toujours prompts à médire et à ricanner, ne s’y trompent pas. Cette religion est une chose sérieuse, éminemment grave. Ils peuvent toujours rigoler, ces ignorants, de ce qu'il ne connaissent pas. Quelle importance. De toute manière, ils ne comprendront jamais rien à rien. Alors, mieux vaut qu’ils restent à la porte du temple et en ignorent à jamais la Lumière. Tant pis pour eux. Il ne connaîtront jamais ces secrets, cette béatitude, cette profondeur, cette abnégation. Car il faut le dire, cette religion est une religion d’initiés. Réellement messianique. Mais non prosélyte. Pourquoi faudrait il en effet faire de nouveaux disciples ?. Et d’ailleurs comment faire pour en créer de nouveaux ? Comment expliquer à un ignorant les arcanes de ce savoir révélé pendant un match de cette importance? C’est non seulement impossible, tant les règles sont complexes, mais c’est surtout dangereux : perdre sa concentration à tenter d’expliquer quoique ce soit et c’est l’essai assuré. En raison de la fameuse règle n°1. Alors, pendant un France-Angleterre, on se tait. On croise ses mains comme en prière. Et on espère que l’ovalie tourne rond. Pour une fois.
Cette année, les deux protagonistes avaient beaucoup à prouver et beaucoup à se faire pardonner. Un match ouvert, c’est cela que nous promettait l’affiche 2005.
Et l’on a vu une équipe de France nous montrer un tout autre visage qu’il y a une semaine, lorsqu'elle fit piètre figure face à l’Ecosse. Beaucoup moins de fautes, beaucoup plus d’impact, beaucoup de présence. Et surtout un grand réalisme qui seul permis de faire la différence. Et gagner d’un tout petit point (17-18) surà une équipe d’Angleterre face à laquelle une erreur fait au mieux 3 points et au pire en vaut 7.
Et puis, une première victoire des bleus à Twickenham, depuis 8 ans, ça le fait non ? Ca valait de se serrer les points pendant deux fois quarante minutes (plus huit).
Et alors, au soir de la victoire, dans les allées du Temple, les disciples en oraison font la fête. Ils se réjouissent et l'esprit léger, ils se prennent à rêver. Et cela bruisse de partout. Car les disciples parlent beaucoup quand ils communient ensemble. Et dans chaque discussion, dans chaque débat, dans chaque murmure reviennent toujours ces mêmes mots : « Grand Chelem » ... Alors, comme à chaque fois que ces mots sont évoqués le Grand Prêtre surgit, le crâne presque chauve et le chewing gum bénit de rigueur et comme toujours il réclame à tous un pieux silence et une profonde concentration. Et là, d'une voix grave et inspirée, il annonce que l'on en parlera uniquement quand il sera temps d’en parler. D’ici là, on reste concentré, car règle n°1, c’est quand on n’est pas concentré qu’on prend un essai. Surtout sur le terrain.
Amen.
Résultats de la deuxième journée 2005 :
Angleterre - France : 17-18
Italie - Pays de Galles : 8-38 (match France-Galles dans 15 jours, le 26/02)
Ecosse - Irlande : 13-40 (match Irlande-France le 12/03)
09 mars 2006
Spoutnik contre le reste du monde et le téléphone
Voici un extrait de la Scène 4, Acte XIII, Arrête de téléphoner, ça coûte cher, Samedi vers 19:00
Personnages : Spoutnik (égal à lui-même), Moitié de spoutnik
Notes scénographiques : Le rideau se lève sur Spoutnik dans son salon en train d'analyser la dernière facture de France Telecom. Le montant à payer est (comme d'habitude) astronomique. Il suspecte sa Moitié d'être responsable de l'essentiel de ces dépenses, car LUI ne passe que des appels très courts. Il décide donc de faire des économies sur le téléphone. Alors qu'il est plongé dans ses réflexions, sa Moitié entre dans le salon.
- Moitié de Spoutnik (surprise de le voir effondré) : "Euh, ça va ?"
- Spoutnik (irrité) : "Non ... t'as vu la facture du téléphone ?"
- Moitié de Spoutnik (sincère) : "Pfff, si tu crois que je m'intéresse à ce genre de choses ..."
- Spoutnik (sur-jouant son personnage, comme à son habitude) : "Ah oui ? Et bien, sache que je viens de trouver une idée lumineuse pour réduire à zéro les dépenses de téléphone pesant sur nos finances."
- Moitié de Spoutnik (curieuse) : "oh ? Tu vas prendre un abonnement qui coûte moins cher "
- Spoutnik (rigolant) : "Non ! car cela coûtera toujours trop cher !"
- Moitié de Spoutnik (curieuse) : "Ah ? Tu vas prendre un abonnement illimité sur la live boxe "
- Spoutnik (rigolant) : "Non ! car il faut racheter des téléphones ..."
- Moitié de Spoutnik (étonnée) : "Alors comment ? "
- Spoutnik (rigolant) : "Et bien ... je vais dire à France Telecom que le compte bancaire a changé et je vais donner les coordonnées de TON compte perso. Comme cela le téléphone ne me coûtera rien et tu pourras toujours appeler autant."
Je m’appelle Spoutnik et je vous regarde dans le métro
Même si j’ai plutôt tendance à
naïvement faire confiance aux autres, mon inclinaison naturelle
m'entraîne - elle - à les détester collectivement. A les vomir de
dégoût. Les hommes, surtout. Les femmes, elles, trouvent parfois une grâce
relative à mes yeux, mais
uniquement lorsque leur physique ou leur apparence m'inspire. D’autant qu’elles me distraient souvent du triste
spectacle qui m’entoure. Les hommes, eux, jamais. Au contraire, ils
salissent l’ensemble.
Un jour, il y a peu, dans le wagon d’un
métro, un homme se livrait à une étrange gymnastique. Il s’adonnait à
des séries gestes, comme s’il se trouvait dans un quelconque portique
de salle de sport, sauf qu’il était dans le métro. Il multipliait les
mouvements d'étirement. Une jambe allongée, un bras qui s'étire, une
tension sur la barre. Une flexion, un allongement, un fléchissement, un
étirement. Le cou à droite, le cou à gauche. La colonne vertébrale qui
se tend. Ses gesticulations font qu’il s’étire et se contracte. Je le
regarde longuement comme captivé par cette pantomime. D'abord effaré de
le voir ainsi polluer mon environnement visuel par ses gestes. Puis,
réellement dégoûté par un tel déballage de matières humaines. Pire,
j’étais assailli et me sentais souillé de l’image de ses muscles se
serrant et se desserrant au gré de ses mouvements. Il me fallu regarder
autre part, avant que d’être pourquoi pas contraint de penser à des
poils et pourquoi pas à de la transpiration humaine. Et en arriver
jusqu’à peut-être imaginer la sentir. Les murs sombres, uniformes et
magistralement stériles du tunnel m’ont soudain paru captivants. Et
surtout, eux, ils n’avaient pas une tête de chef de service.
Dans
le métro, toujours, à un autre moment. Moi, je déteste regarder mes
pieds quand je marche. Mais je constate que beaucoup le font. Et même
ne font que cela, regarder leurs pieds. Surtout ne pas regarder devant
ou sur le côté, il risque de s’y passer quelque chose. Non, regarder en
bas, comme si la seule pensée est de savoir sur quoi marcher l’instant
d’après. Unique préoccupation. Des pensées simples. Simplifiées à
l’extrême. Surtout ne pas réfléchir. Individus lambda d’un troupeau
lambda. Des innocents. Qu’ils le restent. Ne valant rien ou pas grand
chose. Désormais, dans le métro, la signalétique moderne et tragique,
faite pour eux, et sortie de l’esprit de « communicants » malades et
sur payés impose justement de regarder sous ses pieds en marchant. Pour
suivre un chemin précis, des pas dessinés, collés au sol, indiquent la
direction et rejoindre telle ou telle ligne de métro. Madame, où est la
ligne 14 s’il vous plaît ? Suivez les pas bleus au sol, Monsieur, ceux
dans lesquels il est écrit 14 ! Pratique ! Mais surtout efficace. Car
n’est-ce pas surtout une efficace façon d’apprendre à nos contemporains
à courber la nuque. Regardez le sol, votre nuque courbée s’ouvre alors
à l’épée du matador. Belle mise à mort collective. Le pire est
qu’aucune bronca ne se lève. L’Etat, bon berger de moutons qu'il conduit
paître, a tout à gagner à pasteuriser ce troupeau aux pensées
stériles. La révolution n’aura jamais lieu. Les moutons, plutôt que de
penser, pourquoi donc penser, pensez vous donc ? se contentent de faire
de la gymnastique dans le métro. Pour ne pas perdre de temps. Pour être
en forme. Avec une brave tête de chef de service. Pour le meilleur et
pour le pire.
Et eux là. Qui sont-ils ? Ils sont deux. Un bon
petit couple qui se donne la main. Ils avancent. Dans le métro. Encore
dans le métro, allez-vous me dire ? Et oui, j’y ai mes habitudes et moi
je ne regarde pas sous mes pieds quand j’avance. Alors je vois. Je vois
les autres. Je vous vois donc. Oui vous ! Et je rigole. Le plus
souvent. De votre pathétique habitude de vous croire vivants. De votre pathétique habitude de vous croire dotés de libre arbitre. J’aurais même envie d’en pleurer. Mais rassurez-vous, je me contrôle. Le plus souvent. Et eux deux ? Ces deux là qui
avancent. Regardent-ils aussi leurs pieds ? Sont-ils libres ?
Peut-être pas. En tous cas, ils se tiennent par la main, très fort. Ils se
tiennent par le bras, par le corps, par tout. Une abjecte passion
mutuelle dégouline de leur posture. Ils s’aiment, cela se voit, alors ils se
soutiennent, cela se voit. Ils s’aiment, alors ils se collent. Ils s’agglutinent l’un
à l’autre. Ils s'absorbent. Ils ne sont qu’un. Ils s’amalgament. Deux masses de chairs.
Ils avancent dans la vie en se tenant si fort qu’aucun d’eux ne peux
plus s'en détacher. Leur amour suinte. Leur amour devient une
seconde nature. Les avez-vous vus ? Oui, très souvent. Deux êtres ne
faisant qu’un. Se tenant très fort. Trop fort. Si moches, si laids.
Tous les deux. Leur amour, l’un pour l’autre, effrayant, égal
à leur laideur. D’ailleurs ils s’aiment si fort car ils sont si laids.
Et si heureux de s’être trouvés. C’est si réconfortant. Surtout que leur
laideur est si partagée. L’un et l’autre, hydre bicéphale. Heureusement. La nature est donc
bien faite car elle aime l’équilibre. Surtout l’équilibre de la
laideur. La laideur est la constante essentielle du monde. Et la laideur arrête même le temps tellement elle
est absolue.
08 mars 2006
la météo

